Mettre fin à une période d’essai semble, en apparence, simple et rapide. Beaucoup de salariés découvrent d’ailleurs la rupture de leur contrat sans explication, parfois du jour au lendemain. Pourtant, cette pratique, encore largement banalisée, est loin d’être aussi libre qu’on le croit.
Contrairement aux idées reçues, la période d’essai n’autorise pas tout. Elle ne constitue ni une période « test » sans règles, ni un moyen détourné de rompre un contrat sans conséquence. En droit du travail, la rupture de la période d’essai est encadrée par des obligations précises, destinées à prévenir les abus et à garantir un minimum de protection au salarié.
De nombreux litiges naissent aujourd’hui de ruptures mal maîtrisées, notamment en raison :
Pour le salarié, les conséquences peuvent être immédiates : perte soudaine d’emploi, fragilisation du parcours professionnel, incompréhension face à une décision brutale. Pour l’employeur, le risque prud’homal est souvent sous-estimé.
Comprendre quand une rupture de période d’essai est légale, quand elle devient abusive et quels recours sont possibles est donc essentiel. Cet article fait le point sur un sujet d’actualité juridique qui concerne chaque année des milliers de salariés et d’entreprises.
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La période d’essai constitue une phase initiale du contrat de travail durant laquelle l’employeur évalue les compétences du salarié, tandis que ce dernier apprécie si le poste correspond à ses attentes et à ses capacités.
Elle ne se présume jamais : pour être valable, elle doit être expressément prévue dans le contrat de travail ou la lettre d’engagement.
Sur le plan juridique, la période d’essai a un objectif précis :
Elle ne peut en aucun cas être utilisée comme un moyen de précariser durablement l’emploi ou de contourner les règles protectrices applicables à la rupture du contrat de travail.
La jurisprudence rappelle régulièrement que toute rupture doit être en lien direct avec l’évaluation des compétences professionnelles.
Une rupture motivée par des considérations étrangères au travail du salarié peut être requalifiée en rupture abusive.
Il convient également de distinguer la période d’essai de la période probatoire.
Contrairement à la période d’essai, la période probatoire intervient lorsqu’un salarié change de fonctions en cours de contrat et ne permet pas de rompre le contrat, mais uniquement de revenir à l’ancien poste.
La durée maximale de la période d’essai est encadrée par le Code du travail, sous réserve de dispositions conventionnelles plus favorables.
Pour les CDI, les durées maximales sont les suivantes :
Ces durées peuvent être renouvelées une seule fois, à condition que :
Pour les CDD, la durée de la période d’essai dépend de la durée du contrat :
Le non-respect de ces règles peut entraîner la nullité de la période d’essai, avec des conséquences importantes en cas de rupture.
La période d’essai se caractérise par une souplesse accrue dans la rupture du contrat de travail. Contrairement au licenciement ou à la démission, la rupture de la période d’essai n’est en principe pas soumise à l’obligation de justifier d’une cause réelle et sérieuse.
Cependant, cette liberté n’est ni absolue ni discrétionnaire.
Pendant la période d’essai, chacune des parties peut décider de rompre le contrat de travail, sans avoir à motiver sa décision.
Cette faculté vise à permettre une évaluation réciproque du poste et du salarié, dans un cadre temporaire.
La rupture peut intervenir :
Toutefois, la jurisprudence rappelle que cette rupture doit être liée à l’appréciation des compétences professionnelles du salarié.
Une rupture fondée sur un motif étranger à l’exécution du travail peut être requalifiée en rupture abusive.
Même si la rupture est libre sur le principe, elle doit respecter un délai de prévenance, dont la durée dépend de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise.
Lorsque la rupture est à l’initiative de l’employeur, les délais sont les suivants :
Lorsque la rupture est à l’initiative du salarié :
Le non-respect de ce délai n’entraîne pas la nullité de la rupture, mais ouvre droit à une indemnité compensatrice, correspondant au salaire que le salarié aurait perçu jusqu’au terme du délai de prévenance.
Le respect du délai de prévenance constitue l’un des principaux points de vigilance en cas de contentieux relatif à la rupture de la période d’essai.
Si la rupture de la période d’essai repose sur un principe de liberté, celle-ci est strictement encadrée par la loi et la jurisprudence.
Certaines ruptures sont considérées comme abusives ou illicites lorsqu’elles détournent la finalité même de la période d’essai.
Une rupture de période d’essai peut être jugée abusive lorsqu’elle ne repose pas sur l’évaluation des compétences professionnelles du salarié.
La jurisprudence sanctionne notamment les ruptures motivées par :
Dans ces situations, les juges considèrent que l’employeur a fait un usage abusif de son droit de rupture, ce qui ouvre droit à indemnisation pour le salarié.
La période d’essai ne peut servir de période d’ajustement budgétaire ou de variable de gestion des effectifs.
Certaines situations bénéficient d’une protection spécifique, même pendant la période d’essai.
La rupture est alors présumée illicite lorsqu’elle intervient en lien avec :
Dans ces hypothèses, l’employeur doit être en mesure de démontrer que la rupture est totalement étrangère à la situation protégée, ce qui s’avère particulièrement difficile en pratique.
Lorsqu’une rupture de la période d’essai est jugée abusive ou illicite, elle peut être assimilée à une rupture irrégulière du contrat de travail.
Le salarié peut alors obtenir :
Lorsqu’un salarié estime que la rupture de sa période d’essai est abusive ou illicite, il dispose de recours juridiques précis pour faire valoir ses droits.
Encore faut-il agir dans les délais et être en mesure de démontrer que la rupture ne répondait pas à l’objectif d’évaluation professionnelle.
Le principal recours du salarié consiste à saisir le Conseil de prud’hommes, juridiction compétente pour les litiges individuels liés au contrat de travail.
La contestation peut porter sur :
Le salarié dispose d’un délai de prescription de 12 mois à compter de la notification de la rupture pour engager une action prud’homale.
La procédure se déroule en plusieurs étapes :
En matière de rupture de la période d’essai, la charge de la preuve est partagée.
Le salarié doit apporter des éléments laissant supposer un abus, tandis que l’employeur doit démontrer que la rupture reposait sur des critères objectifs liés aux compétences professionnelles.
Peuvent notamment constituer des éléments de preuve :
Si la rupture est reconnue abusive, le Conseil de prud’hommes peut accorder au salarié :
Contrairement au licenciement, il n’existe pas de barème légal spécifique pour la rupture abusive de la période d’essai.
Le montant de l’indemnisation est donc fixé souverainement par les juges, en fonction du préjudice réellement subi.
Même si la rupture de la période d’essai est fondée sur un principe de souplesse, l’employeur reste tenu par plusieurs obligations légales et jurisprudentielles. Le non-respect de ces règles peut entraîner un contentieux prud’homal et engager sa responsabilité.
Comme tout contrat de travail, la période d’essai doit être exécutée de bonne foi.
Cela implique que l’employeur ne peut rompre l’essai pour des raisons étrangères à l’évaluation des compétences du salarié.
Sont notamment sanctionnées :
La bonne foi constitue un principe fondamental en droit du travail, y compris pendant la période d’essai.
L’employeur doit impérativement respecter :
Une rupture intervenue après l’expiration de la période d’essai est automatiquement requalifiée en licenciement, avec toutes les conséquences juridiques que cela implique.
En cas de contentieux, l’employeur s’expose à :
La sécurisation de la rupture de la période d’essai suppose donc une analyse rigoureuse de la situation et une parfaite connaissance du cadre légal applicable.
La rupture de la période d’essai est souvent perçue comme une formalité, alors qu’elle constitue en réalité un acte juridique à part entière, soumis à des règles précises.
Si elle repose sur un principe de souplesse, cette liberté ne saurait être exercée de manière arbitraire ou déloyale.
Le respect du délai de prévenance, l’exigence de bonne foi et l’interdiction de toute rupture abusive ou discriminatoire sont autant de garde-fous destinés à protéger l’équilibre de la relation de travail.
Salariés comme employeurs ont donc tout intérêt à connaître leurs droits et obligations afin d’éviter des contentieux prud’homaux souvent longs et coûteux.
En cas de doute sur la régularité d’une rupture de période d’essai, l’analyse juridique de la situation permet d’identifier les éventuelles irrégularités et d’anticiper les risques.
La période d’essai n’est pas une zone de non-droit : elle s’inscrit pleinement dans le cadre du droit du travail, dont l’objectif demeure la protection des parties et la sécurisation des relations professionnelles.
de Paris, depuis 2014.
J’accompagne tant des employeurs
que des salariés en droit du travail.
le conseil de prud'hommes,
le Pôle social du tribunal judiciaire
ou le tribunal correctionnel.
Pouvant plaider devant les conseils de
prud'hommes de Paris et de province.