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Rupture de la période d’essai : une liberté qui n’est pas sans limites

Mettre fin à une période d’essai semble, en apparence, simple et rapide. Beaucoup de salariés découvrent d’ailleurs la rupture de leur contrat sans explication, parfois du jour au lendemain. Pourtant, cette pratique, encore largement banalisée, est loin d’être aussi libre qu’on le croit.

Contrairement aux idées reçues, la période d’essai n’autorise pas tout. Elle ne constitue ni une période « test » sans règles, ni un moyen détourné de rompre un contrat sans conséquence. En droit du travail, la rupture de la période d’essai est encadrée par des obligations précises, destinées à prévenir les abus et à garantir un minimum de protection au salarié.

De nombreux litiges naissent aujourd’hui de ruptures mal maîtrisées, notamment en raison :

  • d’un délai de prévenance non respecté,
  • d’une rupture intervenue pour un motif étranger aux compétences professionnelles,
  • ou de circonstances laissant supposer une discrimination ou un manque de loyauté.

Pour le salarié, les conséquences peuvent être immédiates : perte soudaine d’emploi, fragilisation du parcours professionnel, incompréhension face à une décision brutale. Pour l’employeur, le risque prud’homal est souvent sous-estimé.

Comprendre quand une rupture de période d’essai est légale, quand elle devient abusive et quels recours sont possibles est donc essentiel. Cet article fait le point sur un sujet d’actualité juridique qui concerne chaque année des milliers de salariés et d’entreprises.

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Qu’est-ce que la période d’essai ?

La période d’essai constitue une phase initiale du contrat de travail durant laquelle l’employeur évalue les compétences du salarié, tandis que ce dernier apprécie si le poste correspond à ses attentes et à ses capacités.
Elle ne se présume jamais : pour être valable, elle doit être expressément prévue dans le contrat de travail ou la lettre d’engagement.

Définition et objectif de la période d’essai

Sur le plan juridique, la période d’essai a un objectif précis :

  • permettre à l’employeur de vérifier l’aptitude du salarié à occuper le poste ;
  • permettre au salarié d’évaluer les conditions de travail, l’environnement professionnel et les missions confiées.

Elle ne peut en aucun cas être utilisée comme un moyen de précariser durablement l’emploi ou de contourner les règles protectrices applicables à la rupture du contrat de travail.
La jurisprudence rappelle régulièrement que toute rupture doit être en lien direct avec l’évaluation des compétences professionnelles.

Une rupture motivée par des considérations étrangères au travail du salarié peut être requalifiée en rupture abusive.

Il convient également de distinguer la période d’essai de la période probatoire.
Contrairement à la période d’essai, la période probatoire intervient lorsqu’un salarié change de fonctions en cours de contrat et ne permet pas de rompre le contrat, mais uniquement de revenir à l’ancien poste.

Durée légale de la période d’essai

La durée maximale de la période d’essai est encadrée par le Code du travail, sous réserve de dispositions conventionnelles plus favorables.

Pour les CDI, les durées maximales sont les suivantes :

  • Ouvriers et employés : 2 mois ;
  • Agents de maîtrise et techniciens : 3 mois ;
  • Cadres : 4 mois.

Ces durées peuvent être renouvelées une seule fois, à condition que :

  • le renouvellement soit prévu par la convention collective applicable ;
  • il soit expressément mentionné dans le contrat de travail ;
  • et accepté par le salarié de manière claire et non équivoque.

Pour les CDD, la durée de la période d’essai dépend de la durée du contrat :

  • 1 jour par semaine de contrat, dans la limite de 2 semaines pour les CDD de moins de 6 mois ;
  • 1 mois maximum pour les CDD de plus de 6 mois.

Le non-respect de ces règles peut entraîner la nullité de la période d’essai, avec des conséquences importantes en cas de rupture.

La rupture de la période d’essai : un principe de liberté encadrée

La période d’essai se caractérise par une souplesse accrue dans la rupture du contrat de travail. Contrairement au licenciement ou à la démission, la rupture de la période d’essai n’est en principe pas soumise à l’obligation de justifier d’une cause réelle et sérieuse.
Cependant, cette liberté n’est ni absolue ni discrétionnaire.

Une rupture possible à l’initiative de l’employeur ou du salarié

Pendant la période d’essai, chacune des parties peut décider de rompre le contrat de travail, sans avoir à motiver sa décision.
Cette faculté vise à permettre une évaluation réciproque du poste et du salarié, dans un cadre temporaire.

La rupture peut intervenir :

  • dès le premier jour de travail ;
  • à tout moment pendant la durée de la période d’essai ;
  • y compris en cas de renouvellement régulièrement prévu.

Toutefois, la jurisprudence rappelle que cette rupture doit être liée à l’appréciation des compétences professionnelles du salarié.
Une rupture fondée sur un motif étranger à l’exécution du travail peut être requalifiée en rupture abusive.

Le respect impératif du délai de prévenance

Même si la rupture est libre sur le principe, elle doit respecter un délai de prévenance, dont la durée dépend de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise.

Lorsque la rupture est à l’initiative de l’employeur, les délais sont les suivants :

  • 24 heures si le salarié a moins de 8 jours de présence ;
  • 48 heures entre 8 jours et 1 mois de présence ;
  • 2 semaines après 1 mois de présence ;
  • 1 mois après 3 mois de présence.

Lorsque la rupture est à l’initiative du salarié :

  • 24 heures en cas de présence inférieure à 8 jours ;
  • 48 heures au-delà.

Le non-respect de ce délai n’entraîne pas la nullité de la rupture, mais ouvre droit à une indemnité compensatrice, correspondant au salaire que le salarié aurait perçu jusqu’au terme du délai de prévenance.

Le respect du délai de prévenance constitue l’un des principaux points de vigilance en cas de contentieux relatif à la rupture de la période d’essai.

Les limites à la rupture de la période d’essai

Si la rupture de la période d’essai repose sur un principe de liberté, celle-ci est strictement encadrée par la loi et la jurisprudence.
Certaines ruptures sont considérées comme abusives ou illicites lorsqu’elles détournent la finalité même de la période d’essai.

Les ruptures abusives ou illicites

Une rupture de période d’essai peut être jugée abusive lorsqu’elle ne repose pas sur l’évaluation des compétences professionnelles du salarié.
La jurisprudence sanctionne notamment les ruptures motivées par :

  • un motif discriminatoire (état de santé, grossesse, origine, sexe, opinions, situation familiale) ;
  • un motif étranger au travail du salarié, comme des raisons économiques ou une réorganisation interne ;
  • une rupture brutale ou vexatoire, intervenant dans des conditions humiliantes ou déloyales ;
  • une rupture décidée trop rapidement, sans que le salarié ait réellement pu faire ses preuves.

Dans ces situations, les juges considèrent que l’employeur a fait un usage abusif de son droit de rupture, ce qui ouvre droit à indemnisation pour le salarié.

La période d’essai ne peut servir de période d’ajustement budgétaire ou de variable de gestion des effectifs.

Les cas particuliers bénéficiant d’une protection renforcée

Certaines situations bénéficient d’une protection spécifique, même pendant la période d’essai.
La rupture est alors présumée illicite lorsqu’elle intervient en lien avec :

  • une grossesse, déclarée ou non au moment de la rupture ;
  • un accident du travail ou une maladie professionnelle ;
  • l’exercice d’un droit fondamental, tel que le droit de grève ou la liberté d’expression ;
  • une situation de harcèlement moral ou sexuel.

Dans ces hypothèses, l’employeur doit être en mesure de démontrer que la rupture est totalement étrangère à la situation protégée, ce qui s’avère particulièrement difficile en pratique.

Les conséquences d’une rupture abusive

Lorsqu’une rupture de la période d’essai est jugée abusive ou illicite, elle peut être assimilée à une rupture irrégulière du contrat de travail.
Le salarié peut alors obtenir :

  • des dommages et intérêts en réparation du préjudice subi ;
  • le versement d’une indemnité compensatrice, notamment en cas de non-respect du délai de prévenance ;
  • et, dans certains cas, une requalification de la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Quels recours pour le salarié en cas de rupture abusive ?

Lorsqu’un salarié estime que la rupture de sa période d’essai est abusive ou illicite, il dispose de recours juridiques précis pour faire valoir ses droits.
Encore faut-il agir dans les délais et être en mesure de démontrer que la rupture ne répondait pas à l’objectif d’évaluation professionnelle.

Saisir le Conseil de prud’hommes

Le principal recours du salarié consiste à saisir le Conseil de prud’hommes, juridiction compétente pour les litiges individuels liés au contrat de travail.
La contestation peut porter sur :

  • le caractère abusif ou discriminatoire de la rupture ;
  • le non-respect du délai de prévenance ;
  • les conditions dans lesquelles la rupture est intervenue.

Le salarié dispose d’un délai de prescription de 12 mois à compter de la notification de la rupture pour engager une action prud’homale.

La procédure se déroule en plusieurs étapes :

  1. Dépôt de la requête auprès du greffe ;
  2. Audience de conciliation, visant à trouver un accord amiable ;
  3. Audience de jugement, en l’absence de conciliation.

La charge de la preuve

En matière de rupture de la période d’essai, la charge de la preuve est partagée.
Le salarié doit apporter des éléments laissant supposer un abus, tandis que l’employeur doit démontrer que la rupture reposait sur des critères objectifs liés aux compétences professionnelles.

Peuvent notamment constituer des éléments de preuve :

  • des échanges de mails ou messages internes ;
  • des témoignages de collègues ;
  • l’absence d’évaluations ou de retours professionnels ;
  • la chronologie des faits (rupture intervenue après un événement protégé).

Les indemnisations possibles

Si la rupture est reconnue abusive, le Conseil de prud’hommes peut accorder au salarié :

  • des dommages et intérêts pour préjudice moral et professionnel ;
  • une indemnité compensatrice en cas de non-respect du délai de prévenance ;
  • le paiement des salaires et avantages restant dus.

Contrairement au licenciement, il n’existe pas de barème légal spécifique pour la rupture abusive de la période d’essai.
Le montant de l’indemnisation est donc fixé souverainement par les juges, en fonction du préjudice réellement subi.

Quelles obligations pour l’employeur ?

Même si la rupture de la période d’essai est fondée sur un principe de souplesse, l’employeur reste tenu par plusieurs obligations légales et jurisprudentielles. Le non-respect de ces règles peut entraîner un contentieux prud’homal et engager sa responsabilité.

L’obligation de bonne foi dans l’exécution du contrat

Comme tout contrat de travail, la période d’essai doit être exécutée de bonne foi.
Cela implique que l’employeur ne peut rompre l’essai pour des raisons étrangères à l’évaluation des compétences du salarié.

Sont notamment sanctionnées :

  • les ruptures décidées pour des motifs économiques ou organisationnels ;
  • les ruptures intervenant sans que le salarié ait bénéficié de conditions normales de travail ;
  • les ruptures liées à un événement protégé (grossesse, maladie, accident du travail).

La bonne foi constitue un principe fondamental en droit du travail, y compris pendant la période d’essai.

Le respect strict de la procédure et des délais

L’employeur doit impérativement respecter :

  • le délai de prévenance, sous peine de verser une indemnité compensatrice ;
  • la durée maximale de la période d’essai et, le cas échéant, les conditions de son renouvellement ;
  • les règles issues de la convention collective applicable.

Une rupture intervenue après l’expiration de la période d’essai est automatiquement requalifiée en licenciement, avec toutes les conséquences juridiques que cela implique.

Les risques juridiques en cas de manquement

En cas de contentieux, l’employeur s’expose à :

  • une condamnation au versement de dommages et intérêts ;
  • le paiement d’une indemnité pour non-respect du délai de prévenance ;
  • une requalification de la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse ;
  • une atteinte à l’image de l’entreprise et à la relation sociale interne.

La sécurisation de la rupture de la période d’essai suppose donc une analyse rigoureuse de la situation et une parfaite connaissance du cadre légal applicable.

Une liberté encadrée par le droit

La rupture de la période d’essai est souvent perçue comme une formalité, alors qu’elle constitue en réalité un acte juridique à part entière, soumis à des règles précises.
Si elle repose sur un principe de souplesse, cette liberté ne saurait être exercée de manière arbitraire ou déloyale.

Le respect du délai de prévenance, l’exigence de bonne foi et l’interdiction de toute rupture abusive ou discriminatoire sont autant de garde-fous destinés à protéger l’équilibre de la relation de travail.
Salariés comme employeurs ont donc tout intérêt à connaître leurs droits et obligations afin d’éviter des contentieux prud’homaux souvent longs et coûteux.

En cas de doute sur la régularité d’une rupture de période d’essai, l’analyse juridique de la situation permet d’identifier les éventuelles irrégularités et d’anticiper les risques.
La période d’essai n’est pas une zone de non-droit : elle s’inscrit pleinement dans le cadre du droit du travail, dont l’objectif demeure la protection des parties et la sécurisation des relations professionnelles.

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