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IA Act : une nouvelle ère pour les entreprises face à l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui dans de nombreux outils utilisés en entreprise : recrutement automatisé, évaluation des performances, analyse des données ou encore surveillance de l’activité. Si ces technologies offrent des gains d’efficacité considérables, elles soulèvent également des enjeux juridiques majeurs, notamment en matière de protection des salariés.

Pour répondre à ces nouveaux défis, l’Union européenne a adopté l’IA Act, un règlement destiné à encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ce texte marque une étape importante : il impose désormais aux entreprises de nouvelles obligations, parfois méconnues, dès lors qu’elles utilisent des systèmes d’IA dans leur organisation.

Contrairement à certaines idées reçues, ces règles ne concernent pas uniquement les grandes entreprises technologiques. De nombreuses structures, y compris des PME, peuvent être impactées dès lors qu’elles recourent à des outils intégrant des mécanismes d’intelligence artificielle, notamment dans la gestion des ressources humaines.

Dans ce contexte, une question se pose : quelles sont concrètement les obligations des entreprises en matière d’intelligence artificielle ? Entre transparence, évaluation des risques et encadrement des décisions automatisées, l’IA Act impose un cadre juridique inédit que les employeurs doivent anticiper.

Un renseignement ?

ChatGPT Chat avec intelligence artificielle ou IA. Un homme d'affaires utilisant un ordinateur portable discutant avec une intelligence artificielle intelligente demande les réponses qu'il veut.IA Act : une nouvelle réglementation européenne sur l’intelligence artificielle

L’IA Act constitue le premier cadre juridique global adopté par l’Union européenne pour encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ce règlement vise à concilier innovation technologique et protection des droits fondamentaux.

Qu’est-ce que l’IA Act ?

L’IA Act est un règlement européen qui établit des règles applicables aux systèmes d’intelligence artificielle en fonction de leur niveau de risque. Il distingue notamment :

  • les systèmes à risque inacceptable (interdits),
  • les systèmes à haut risque (strictement encadrés),
  • et les systèmes à risque limité (soumis à des obligations de transparence).

L’objectif est de garantir que les technologies d’intelligence artificielle soient utilisées de manière sécurisée, éthique et conforme aux droits fondamentaux.

Pourquoi cette réglementation concerne directement les entreprises

Contrairement à une idée répandue, l’IA Act ne s’adresse pas uniquement aux développeurs de technologies. Il concerne également les entreprises qui utilisent des outils intégrant de l’intelligence artificielle dans leurs activités. Sont notamment visées les situations dans lesquelles l’IA intervient dans :

  • le recrutement (tri automatisé des candidatures) ;
  • l’évaluation des performances ;
  • la prise de décision concernant les salariés ;
  • ou encore la surveillance de l’activité.

Ces usages sont particulièrement sensibles car ils peuvent avoir un impact direct sur les droits des salariés, notamment en matière de non-discrimination et de respect de la vie privée.

Les entreprises sont-elles concernées par l’IA Act ?

L’une des idées reçues les plus fréquentes consiste à penser que l’IA Act ne concerne que les grandes entreprises technologiques. En réalité, le champ d’application du règlement est beaucoup plus large et touche un grand nombre d’acteurs économiques.

Une réglementation applicable à de nombreuses entreprises

Toute entreprise peut être concernée dès lors qu’elle :

  • développe un système d’intelligence artificielle ;
  • intègre un outil reposant sur l’IA dans son activité ;
  • ou utilise une solution automatisée pour prendre des décisions.

Ainsi, même des entreprises de taille modeste peuvent être impactées, notamment lorsqu’elles utilisent des logiciels intégrant des fonctionnalités d’intelligence artificielle.

Des usages courants en entreprise

Dans la pratique, de nombreuses situations entrent dans le champ de l’IA Act, souvent sans que les employeurs en aient pleinement conscience. C’est notamment le cas lorsque l’entreprise utilise :

  • des outils de tri automatisé des candidatures ;
  • des logiciels d’analyse de performance des salariés ;
  • des systèmes de surveillance ou de suivi de l’activité ;
  • ou encore des solutions d’aide à la décision.

Ces usages, de plus en plus répandus, peuvent être qualifiés de systèmes à haut risque lorsqu’ils ont un impact significatif sur les conditions de travail ou les droits des salariés.

Une vigilance particulière en matière de ressources humaines

Les outils d’intelligence artificielle utilisés dans les ressources humaines sont particulièrement encadrés. En effet, ils peuvent influencer :

  • l’accès à l’emploi ;
  • l’évolution de carrière ;
  • ou les conditions de travail.

À ce titre, les entreprises doivent faire preuve d’une vigilance accrue afin de garantir la conformité de leurs pratiques avec les exigences du règlement.

Chatbot numérique, application de robots Internet, assistant de conversation, IA Artificial Intelligence concept. Femme utilisant un smartphone mobile discutant avec le service clientQuelles sont les principales obligations pour les employeurs ?

L’IA Act impose aux entreprises une série d’obligations destinées à encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle, en particulier lorsque celle-ci a un impact sur les salariés. Ces exigences varient selon le niveau de risque des systèmes utilisés, mais certaines obligations clés se dégagent.

Identifier les systèmes d’intelligence artificielle utilisés

La première étape consiste à recenser les outils intégrant de l’intelligence artificielle au sein de l’entreprise.
Il peut s’agir :

  • de logiciels de recrutement automatisé ;
  • d’outils d’analyse de données RH ;
  • de systèmes de suivi ou de surveillance des salariés.

Cette identification est essentielle pour déterminer si les outils utilisés entrent dans le champ du règlement et à quel niveau de risque ils appartiennent.

Évaluer les risques liés à l’utilisation de l’IA

L’IA Act impose une démarche d’évaluation des risques, notamment lorsque les systèmes sont susceptibles d’avoir un impact sur les droits des salariés. Les entreprises doivent notamment s’interroger sur :

  • les risques de discrimination dans les processus automatisés ;
  • les atteintes potentielles à la vie privée ;
  • les conséquences sur les conditions de travail.

Cette analyse permet d’adapter les mesures à mettre en place.

Assurer la transparence vis-à-vis des salariés

Les salariés doivent être informés de l’utilisation de systèmes d’intelligence artificielle susceptibles d’influencer leur situation professionnelle. Cette obligation de transparence implique :

  • une information claire sur le fonctionnement des outils ;
  • une compréhension des décisions prises ;
  • une possibilité de contestation.

La transparence constitue un élément central du dispositif.

Maintenir un contrôle humain sur les décisions

L’IA Act insiste sur la nécessité de conserver une intervention humaine dans les processus décisionnels. Les décisions ayant un impact significatif sur les salariés ne doivent pas être entièrement automatisées. L’objectif est d’éviter des décisions injustes ou incomprises, en garantissant un regard humain sur les situations individuelles.

IA et ressources humaines : un enjeu majeur pour les entreprises

L’utilisation de l’intelligence artificielle dans les ressources humaines connaît une croissance rapide. Recrutement, gestion des talents, suivi de la performance : de nombreux outils intègrent désormais des fonctionnalités automatisées, parfois sans que leur qualification juridique soit clairement identifiée.

Le recrutement automatisé : un usage à risque

De plus en plus d’entreprises utilisent des outils permettant de trier automatiquement les candidatures ou d’analyser les profils. Si ces solutions facilitent le traitement des candidatures, elles peuvent également générer :

  • des biais discriminatoires ;
  • une opacité dans les critères de sélection ;
  • des décisions difficilement contestables pour les candidats.

Dans ce contexte, ces systèmes peuvent être considérés comme présentant un niveau de risque élevé au sens de l’IA Act.

L’évaluation des performances et la gestion des salariés

Certains outils permettent d’analyser la performance des salariés ou de suivre leur activité en temps réel. Ces dispositifs peuvent avoir un impact direct sur :

  • les évaluations professionnelles ;
  • les évolutions de carrière ;
  • les décisions disciplinaires.

L’utilisation de ces technologies impose une vigilance particulière, notamment en matière de respect des droits des salariés et de transparence.

La surveillance des salariés : un cadre strict

Les outils d’intelligence artificielle peuvent également être utilisés pour surveiller l’activité des salariés (temps de connexion, productivité, comportement). Ces pratiques soulèvent des enjeux importants :

  • respect de la vie privée ;
  • proportionnalité des dispositifs de contrôle ;
  • information préalable des salariés.

Le recours à ces outils doit être strictement encadré pour éviter tout risque de dérive.

Quels risques en cas de non-conformité à l’IA Act ?

L’IA Act ne se limite pas à poser un cadre théorique. Il prévoit également des sanctions importantes en cas de non-respect des obligations, ce qui en fait un enjeu juridique majeur pour les entreprises utilisant des systèmes d’intelligence artificielle.

Des sanctions financières potentiellement élevées

Le règlement prévoit des amendes administratives pouvant atteindre des montants significatifs, notamment en cas de manquements graves. Ces sanctions sont proportionnées à la gravité des infractions et à la taille de l’entreprise.

Elles peuvent concerner :

  • l’utilisation de systèmes interdits ;
  • le non-respect des obligations applicables aux systèmes à haut risque ;
  • ou encore un défaut de transparence.

Un risque juridique accru pour l’employeur

Au-delà des sanctions administratives, l’utilisation non conforme de l’intelligence artificielle peut engager la responsabilité de l’employeur, notamment en cas de :

  • discrimination liée à un outil automatisé ;
  • atteinte aux droits fondamentaux des salariés ;
  • décisions injustifiées ou opaques.

Ces situations peuvent donner lieu à des contentieux devant les juridictions compétentes, notamment en droit du travail.

Un impact sur l’image et la confiance

L’utilisation inappropriée de l’intelligence artificielle peut également avoir des conséquences en termes d’image :

  • perte de confiance des salariés ;
  • atteinte à la réputation de l’entreprise ;
  • tensions internes liées à l’utilisation d’outils perçus comme intrusifs.

Dans un contexte où les enjeux éthiques liés à l’IA sont de plus en plus médiatisés, ces aspects ne doivent pas être négligés.

Comment se mettre en conformité avec l’IA Act ?

Face aux nouvelles exigences introduites par l’IA Act, les entreprises doivent adopter une démarche proactive afin de sécuriser leurs pratiques. La conformité ne repose pas uniquement sur une mise à jour ponctuelle, mais sur une approche globale et structurée.

Réaliser un audit des outils utilisés

La première étape consiste à identifier précisément les outils intégrant de l’intelligence artificielle au sein de l’entreprise. Cet audit permet de :

  • recenser les logiciels concernés ;
  • analyser leur fonctionnement ;
  • déterminer leur niveau de risque au regard du règlement.

Cette phase est essentielle pour évaluer l’ampleur des obligations applicables.

Mettre en place une analyse des risques

Une fois les outils identifiés, l’entreprise doit procéder à une évaluation des risques liés à leur utilisation. Il s’agit notamment d’identifier :

  • les risques de discrimination ;
  • les atteintes potentielles aux droits des salariés ;
  • les impacts sur les conditions de travail.

Cette analyse permet d’adapter les mesures de prévention et de sécurisation.

Encadrer juridiquement l’utilisation de l’IA

L’utilisation de l’intelligence artificielle doit être intégrée dans un cadre juridique clair. Cela peut passer par :

  • la mise à jour des politiques internes ;
  • l’information des salariés sur les outils utilisés ;
  • l’encadrement des processus décisionnels automatisés.

Cette formalisation contribue à garantir la transparence et la conformité.

Former et sensibiliser les acteurs de l’entreprise

La conformité à l’IA Act repose également sur une bonne compréhension des enjeux par les équipes. Il est donc recommandé de :

  • sensibiliser les services RH et les managers ;
  • former les utilisateurs des outils concernés ;
  • diffuser une culture de vigilance autour de l’intelligence artificielle.

Anticiper les enjeux juridiques de l’intelligence artificielle en entreprise

L’entrée en vigueur de l’IA Act marque une étape majeure dans l’encadrement de l’intelligence artificielle au sein des entreprises. Désormais, l’utilisation d’outils intégrant de l’IA ne relève plus uniquement d’un choix technologique, mais implique de véritables obligations juridiques, notamment en matière de transparence, de contrôle et de protection des salariés. Si ces nouvelles règles peuvent apparaître complexes, elles répondent à un objectif clair : garantir un usage responsable de l’intelligence artificielle, respectueux des droits fondamentaux et des équilibres au sein de l’entreprise.

 Pour les employeurs, l’enjeu est désormais d’anticiper ces évolutions, en identifiant les outils concernés et en mettant en place des pratiques conformes, notamment en s’appuyant sur l’expertise d’un avocat en droit du travail et des nouvelles technologies. Dans un environnement professionnel en constante mutation, une approche rigoureuse permet de limiter les risques juridiques.

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Avocat à la Cour d'appel

de Paris, depuis 2014.
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