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Harcèlement entre salariés au travail : quelles responsabilités pour l'employeur ? 

Le harcèlement au travail ne provient pas toujours d’un supérieur hiérarchique. Dans de nombreuses situations, il se manifeste entre collègues, au sein d’une même équipe, parfois de manière insidieuse. Remarques répétées, mise à l’écart, pression constante ou comportements hostiles : ces agissements peuvent rapidement dégrader les conditions de travail et porter atteinte à la santé du salarié.

Longtemps sous-estimé, le harcèlement entre salariés constitue pourtant une réalité fréquente en entreprise. Parce qu’il ne s’inscrit pas dans une relation hiérarchique directe, il est parfois plus difficile à identifier, à signaler et à traiter. Pourtant, ses conséquences peuvent être tout aussi graves, tant sur le plan professionnel que personnel.

Face à ce type de situation, une question essentielle se pose : l’employeur peut-il être tenu responsable du harcèlement commis entre salariés ? La réponse du droit du travail est claire : l’employeur est tenu d’une obligation de sécurité et doit protéger la santé physique et mentale de ses salariés, quelle que soit l’origine du harcèlement.

Comprendre les mécanismes du harcèlement entre collègues, les obligations de l’employeur et les recours possibles pour la victime est donc essentiel pour agir efficacement et faire valoir ses droits.

Un renseignement ?

Salariés se faisant pointer du doigt par ses collèguesHarcèlement entre salariés : de quoi parle-t-on ?

Avant d’analyser les responsabilités et les recours possibles, il est essentiel de bien définir ce qu’est le harcèlement au travail, et en particulier lorsqu’il intervient entre salariés, sans lien hiérarchique direct.

La définition du harcèlement moral en droit du trav est défini par le Code du travail comme des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet :

  • une dégradation des conditions de travail,
  • une atteinte aux droits ou à la dignité du salarié,
  • une altération de sa santé physique ou mentale,
  • ou une compromission de son avenir professionnel.

Il n’est pas nécessaire que l’auteur ait eu l’intention de nuire. Ce qui compte, ce sont les effets produits sur la victime.

Le harcèlement entre collègues : une situation spécifique

Contrairement à une idée répandue, le harcèlement ne se limite pas aux relations entre un supérieur et un subordonné. Il peut parfaitement exister entre collègues, à différents niveaux de l’entreprise. Dans ce type de situation, les agissements peuvent prendre diverses formes :

  • remarques déplacées ou répétées ;
  • isolement du salarié au sein de l’équipe ;
  • critiques systématiques ou dénigrement ;
  • comportements hostiles ou intimidants.

Parce qu’il ne repose pas sur un lien hiérarchique, ce harcèlement est parfois plus difficile à identifier et à prouver. Il peut également être minimisé ou mal interprété par l’entourage professionnel.

L’employeur est-il responsable du harcèlement entre salariés ?

Lorsqu’un harcèlement survient entre collègues, une question essentielle se pose : l’employeur peut-il être tenu responsable alors qu’il n’est pas directement à l’origine des faits ? La réponse du droit du travail est sans ambiguïté : oui, dans certaines conditions.

Une obligation de sécurité à la charge de l’employeur

L’employeur est tenu d’une obligation de sécurité à l’égard de ses salariés. Il doit prendre toutes les mesures nécessaires pour :

  • assurer leur sécurité,
  • protéger leur santé physique et mentale,
  • prévenir les risques professionnels, y compris les risques psychosociaux.

Cette obligation ne se limite pas à réagir une fois le problème identifié. Elle implique également une démarche de prévention active, notamment en matière de harcèlement.

Une responsabilité engagée même sans faute directe

La responsabilité de l’employeur peut être engagée même s’il n’est pas l’auteur du harcèlement. Ce qui est déterminant, c’est sa capacité à :

  • prévenir les situations à risque ;
  • réagir rapidement lorsqu’un signalement est effectué ;
  • mettre fin aux agissements en cause.

En cas d’inaction ou de réaction insuffisante, l’employeur peut être considéré comme ayant manqué à son obligation de sécurité.

Une vigilance renforcée en pratique

Les juridictions sont particulièrement attentives à la manière dont l’employeur traite les situations de harcèlement entre salariés. Une absence de réaction, une enquête tardive ou des mesures inadaptées peuvent suffire à engager sa responsabilité. Ainsi, même en l’absence de faute directe, l’employeur doit démontrer qu’il a pris toutes les mesures nécessaires pour protéger le salarié victime et faire cesser la situation.

Je me sens épuisé. Un jeune homme de barbe frustré massant le nez et gardant les yeux fermés alors qu'il était assis à son bureauQue doit faire l’employeur en cas de harcèlement entre salariés ?

Face à une situation de harcèlement entre salariés, l’employeur ne peut pas rester passif. Dès lors qu’il est informé — ou qu’il aurait dû l’être — il doit agir rapidement et de manière appropriée pour faire cesser les agissements et protéger la victime.

Réagir sans délai dès le signalement

La première obligation de l’employeur est de prendre la situation au sérieux immédiatement. Cela implique notamment :

  • d’écouter le salarié concerné et recueillir les premiers éléments ;
  • d’éviter toute minimisation des faits ;
  • de garantir la confidentialité des échanges.

Une absence de réaction ou un traitement tardif peut suffire à caractériser un manquement à l’obligation de sécurité.

Mener une enquête interne

L’employeur doit ensuite procéder à une enquête interne, afin d’établir les faits et d’évaluer leur gravité. Cette enquête peut inclure :

  • des entretiens avec les personnes concernées ;
  • la collecte de témoignages ;
  • l’analyse d’éléments matériels (emails, messages, etc.).

L’objectif est de disposer d’une vision objective de la situation pour prendre des mesures adaptées.

Prendre des mesures pour faire cesser la situation

Si les faits sont avérés — ou même en cas de doute sérieux — l’employeur doit mettre en place des mesures concrètes pour protéger le salarié et stopper les agissements. Cela peut passer par :

  • des mesures conservatoires (changement d’équipe, aménagement du poste) ;
  • des sanctions disciplinaires à l’encontre de l’auteur ;
  • un accompagnement du salarié victime.

L’inaction ou des mesures insuffisantes peuvent engager la responsabilité de l’employeur.

Quels recours pour le salarié victime ?

Face à une situation de harcèlement entre collègues, le salarié peut se sentir isolé et démuni. Pourtant, le droit du travail prévoit plusieurs moyens d’action pour faire reconnaître la situation et y mettre un terme.

Alerter en interne

La première démarche consiste souvent à signaler les faits au sein de l’entreprise. Le salarié peut notamment :

  • informer son employeur ou son supérieur hiérarchique ;
  • saisir les ressources humaines ;
  • alerter les représentants du personnel, notamment le CSE.

Cette étape permet à l’employeur d’être informé et d’activer ses obligations en matière de protection.

Solliciter des acteurs externes

En parallèle ou en cas d’inaction de l’employeur, le salarié peut se tourner vers des interlocuteurs extérieurs :

  • le médecin du travail, pour évaluer l’impact sur la santé ;
  • l’inspection du travail, qui peut intervenir auprès de l’employeur ;
  • un professionnel du droit pour obtenir un avis sur la situation.

Ces démarches permettent de sécuriser la situation et de constituer des éléments utiles en cas de litige.

Engager une action en justice

Lorsque la situation persiste ou que le préjudice est avéré, le salarié peut engager une action avec un avocat devant le Conseil de prud’hommes. Il peut alors demander :

  • la reconnaissance du harcèlement moral ;
  • des dommages et intérêts en réparation du préjudice ;
  • la rupture du contrat de travail dans des conditions protectrices (résiliation judiciaire, prise d’acte).

Ces actions nécessitent une analyse juridique précise et une préparation rigoureuse du dossier.

Comment prouver le harcèlement entre salariés ?

La preuve du harcèlement moral est souvent l’un des aspects les plus délicats pour le salarié. Les agissements sont rarement formalisés et peuvent s’inscrire dans une accumulation de faits, parfois difficiles à isoler. Pour autant, le droit du travail prévoit un aménagement de la charge de la preuve afin de faciliter la reconnaissance de ces situations.

Un mécanisme de preuve aménagé

Le salarié n’a pas à démontrer de manière absolue l’existence du harcèlement. Il doit présenter des éléments de fait laissant supposer l’existence d’un harcèlement.

Une fois ces éléments apportés, il appartient à l’employeur de démontrer que :

  • les faits sont justifiés par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement ;
  • ou qu’aucune situation de harcèlement n’est caractérisée.

Le juge apprécie ensuite l’ensemble des éléments pour trancher le litige.

Quels éléments peuvent être utilisés ?

Pour étayer sa demande, le salarié peut s’appuyer sur un faisceau d’indices, tels que :

  • des emails ou messages révélant des comportements inappropriés ;
  • des témoignages de collègues ;
  • des certificats médicaux attestant d’une dégradation de l’état de santé ;
  • des comptes rendus d’entretiens ou d’alertes internes ;
  • tout document permettant de retracer l’évolution de la situation.

Ces éléments doivent être cohérents et convergents, même s’ils ne suffisent pas, pris isolément, à prouver le harcèlement.

L’importance de la chronologie des faits

La répétition des agissements est un critère essentiel du harcèlement moral. Il est donc recommandé de reconstituer une chronologie précise :

  • dates des faits ;
  • nature des agissements ;
  • conséquences sur les conditions de travail.

Cette démarche permet de donner une vision globale de la situation et de renforcer la crédibilité du dossier.

Quelles sanctions en cas de harcèlement entre salariés ?

Le harcèlement moral en entreprise n’est pas sans conséquence. Lorsqu’il est reconnu, il peut entraîner des sanctions à plusieurs niveaux, tant pour le salarié auteur des faits que pour l’employeur.

Les sanctions à l’encontre du salarié harceleur

Le salarié reconnu auteur de harcèlement s’expose à des sanctions disciplinaires pouvant aller :

  • de l’avertissement,
  • à la mise à pied,
  • jusqu’au licenciement pour faute grave dans les cas les plus sérieux.

Ces sanctions dépendent de la gravité des faits et de leur répétition. Le harcèlement moral peut également, dans certaines situations, constituer une infraction pénale, exposant son auteur à des poursuites devant les juridictions répressives.

La responsabilité de l’employeur

L’employeur peut également voir sa responsabilité engagée s’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour prévenir ou faire cesser le harcèlement. Dans ce cas, il peut être condamné à verser :

  • des dommages et intérêts au salarié victime ;
  • une indemnisation liée au manquement à son obligation de sécurité.

Dans les situations les plus graves, notamment lorsque la santé du salarié a été fortement impactée, la responsabilité de l’employeur peut être retenue de manière renforcée.

Des conséquences durables pour l’entreprise

Au-delà des sanctions juridiques, les situations de harcèlement peuvent avoir des effets durables sur l’entreprise :

  • dégradation du climat social ;
  • perte de confiance des équipes ;
  • atteinte à l’image de l’entreprise.

Ces éléments rappellent l’importance d’une prévention active et d’une réaction rapide en cas de signalement.

Une vigilance essentielle face au harcèlement entre salariés

Le harcèlement entre salariés est une réalité encore trop souvent sous-estimée en entreprise. Pourtant, ses conséquences peuvent être lourdes, tant pour la victime que pour l’organisation dans son ensemble. Même en l’absence de lien hiérarchique, ces situations relèvent pleinement du droit du travail et engagent la responsabilité de l’employeur.

Face à ce type de comportement, la réactivité est essentielle. L’employeur doit prévenir, enquêter et agir sans délai pour faire cesser les agissements, tandis que le salarié victime dispose de plusieurs leviers pour faire reconnaître ses droits et obtenir réparation. La question de la preuve, la qualification juridique des faits et les conséquences financières potentielles rendent ces situations particulièrement sensibles. Une analyse rigoureuse permet de sécuriser les démarches et d’éviter des erreurs aux conséquences importantes.

Dans un contexte professionnel exigeant comme celui de Paris (75), comprendre les règles applicables au harcèlement entre salariés constitue un enjeu majeur pour préserver un environnement de travail sain et juridiquement sécurisé.

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Avocat à la Cour d'appel

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