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Droit pénal des affaires : quelles responsabilités pour les dirigeants face aux infractions économiques ?

Le risque pénal, une préoccupation croissante pour les entreprises

Les affaires judiciaires impliquant des dirigeants d’entreprise se multiplient depuis plusieurs années. Entre exigences de conformité, lutte contre la corruption et obligation de transparence, le droit pénal des affaires s’impose aujourd’hui comme un pilier incontournable de la gouvernance d’entreprise.
Ce domaine du droit vise à sanctionner les comportements contraires à la loyauté des échanges économiques, qu’il s’agisse d’abus de biens sociaux, de fraudes fiscales ou d’escroqueries.

Les causes de ces infractions sont souvent multiples :

  • une méconnaissance des obligations légales,
  • un défaut de contrôle interne,
  • ou encore une pression économique conduisant à des décisions risquées.

Mais derrière ces manquements, se pose une question essentielle : jusqu’où va la responsabilité pénale du dirigeant ?
Car en cas d’infraction, c’est bien lui qui répond, personnellement, devant la justice.

Ce risque pénal s’inscrit dans un cadre juridique complexe, à la frontière entre le droit pénal, le droit des affaires et parfois même le droit du travail, lorsque les manquements concernent la sécurité des salariés, les conditions de travail ou la gestion sociale de l’entreprise.
Dans ce contexte, la vigilance s’impose : le dirigeant doit non seulement prévenir les infractions économiques, mais aussi s’assurer que son organisation respecte l’ensemble des normes applicables.

Cet article revient sur les principales infractions économiques, les mécanismes de responsabilité des dirigeants et les stratégies pour anticiper le risque pénal au sein de l’entreprise.

Un renseignement ?

Photo de plusieurs immeubles d'affaires vu d'en basQu’est-ce que le droit pénal des affaires ?

Le droit pénal des affaires regroupe l’ensemble des règles destinées à sanctionner les infractions commises dans la vie économique. Il s’agit d’une branche hybride du droit, à la croisée du droit des affaires, du droit pénal et parfois du droit fiscal. Son objectif : garantir la loyauté, la transparence et la probité dans les relations commerciales et financières.

Une branche à la croisée du droit des affaires et du droit pénal

Contrairement au droit civil ou commercial, le droit pénal des affaires vise non pas à réparer un dommage, mais à punir un comportement illicite.
Les acteurs concernés sont multiples : dirigeants, cadres, associés, commissaires aux comptes, voire les personnes morales elles-mêmes.

Parmi les principales infractions sanctionnées figurent :

  • L’abus de biens sociaux : utilisation des ressources de l’entreprise à des fins personnelles ;
  • La corruption active ou passive, publique ou privée ;
  • La fraude fiscale et le blanchiment d’argent ;
  • L’escroquerie ou la présentation de comptes inexacts ;
  • Le travail dissimulé ou la mise en danger d’autrui.

Ces infractions, qu’elles soient intentionnelles ou non, peuvent engager la responsabilité pénale du dirigeant, même lorsqu’elles résultent d’un défaut de vigilance.

Pourquoi cette matière est-elle en plein essor ?

L’évolution récente de la législation renforce la lutte contre la délinquance économique et financière.
Les entreprises sont désormais soumises à une obligation de conformité et à des contrôles accrus par des organismes tels que :

  • le Parquet national financier (PNF), compétent pour les affaires de grande complexité ;
  • l’Agence française anticorruption (AFA), qui veille à l’application de la loi Sapin II ;
  • ou encore l’Autorité des marchés financiers (AMF), pour les sociétés cotées.

Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement global de responsabilisation des entreprises.
Les dirigeants ne peuvent plus ignorer les risques pénaux : un défaut de vigilance, une erreur de gestion ou une politique interne laxiste peuvent désormais être assimilés à une faute engageant leur responsabilité personnelle.

Ainsi, le droit pénal des affaires ne se limite pas à la sanction : il devient un outil de gouvernance et de prévention, garant de la crédibilité et de l’éthique des entreprises modernes.

La responsabilité pénale du dirigeant : un enjeu majeur

En matière de droit pénal des affaires, la responsabilité du dirigeant occupe une place centrale. Contrairement à une idée reçue, le chef d’entreprise n’est pas uniquement responsable de ses propres actes : il peut être tenu pénalement responsable des infractions commises par son entreprise ou ses salariés, s’il n’a pas mis en œuvre les moyens nécessaires pour les prévenir.

Les obligations légales du chef d’entreprise

Le dirigeant a un devoir général de vigilance et de conformité.
Il doit s’assurer que les activités de son entreprise respectent les règles en matière :

  • de comptabilité et de transparence financière,
  • de fiscalité et de déclarations sociales,
  • de conformité et lutte anticorruption,
  • de santé et sécurité au travail.

L’omission ou la négligence dans l’une de ces obligations peut suffire à engager sa responsabilité, même sans intention de frauder.
C’est ce qu’on appelle la faute non intentionnelle, souvent retenue dans des dossiers liés à des accidents du travail ou à la mise en danger d’autrui.

Les principales infractions retenues

Le dirigeant peut être poursuivi pour un large éventail d’infractions économiques, parmi lesquelles :

  • L’abus de biens sociaux : utilisation du patrimoine de l’entreprise à des fins personnelles ou étrangères à l’intérêt social ;
  • Le délit de favoritisme : attribution irrégulière de marchés ou de contrats ;
  • La fraude fiscale : dissimulation de recettes, manipulation comptable, factures fictives ;
  • La corruption et le trafic d’influence, y compris à l’international ;
  • Le travail dissimulé, lorsque l’entreprise omet volontairement de déclarer un salarié ou une activité ;
  • La mise en danger de la vie d’autrui, en cas de manquement aux règles de sécurité au travail.

Ces infractions peuvent entraîner des peines de prison, des amendes lourdes et une interdiction de gérer une entreprise pour plusieurs années.

La délégation de pouvoir : un outil de protection… sous conditions

Pour se prémunir contre certains risques, le dirigeant peut déléguer une partie de ses responsabilités à un cadre ou un responsable de service.
Cependant, cette délégation de pouvoir n’est valable que si elle répond à trois critères cumulatifs :

  1. Compétence : le délégataire doit avoir les connaissances nécessaires pour exercer la mission confiée ;
  2. Autorité : il doit disposer d’un pouvoir réel de décision ;
  3. Moyens : il doit être doté des ressources suffisantes pour agir efficacement.

Si l’un de ces critères fait défaut, la délégation ne protège pas le dirigeant, qui demeure responsable pénalement.

La jurisprudence rappelle régulièrement que la délégation n’est pas une simple formalité administrative : elle doit être effective, claire et vérifiable.

Les conséquences juridiques et financières

Les infractions relevant du droit pénal des affaires peuvent avoir des répercussions considérables, tant pour le dirigeant que pour l’entreprise elle-même. Au-delà de la sanction judiciaire, c’est souvent la crédibilité de la société et la confiance des partenaires économiques qui sont en jeu.

Les sanctions pénales et administratives

Selon la nature et la gravité de l’infraction, le dirigeant peut être exposé à plusieurs types de sanctions :

  • Peines d’amende : les montants peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, voire davantage pour les personnes morales ;
  • Peines d’emprisonnement, en particulier pour les faits d’abus de biens sociaux, de fraude fiscale ou de corruption ;
  • Interdiction de gérer ou d’exercer une fonction de direction pendant une durée déterminée ;
  • Confiscation de biens ayant servi ou profité à l’infraction ;
  • Sanctions disciplinaires ou professionnelles, notamment pour les professions réglementées (experts-comptables, dirigeants d’établissements financiers, etc.).

À ces peines judiciaires peuvent s’ajouter des sanctions administratives, comme l’exclusion des marchés publics ou la perte d’agréments professionnels.

Les conséquences économiques et réputationnelles

Les dommages causés à l’entreprise ne se limitent pas au plan financier. Une condamnation pénale a souvent un impact direct sur la réputation, la confiance des partenaires et la cohésion interne.
Les effets les plus fréquents sont :

  • Une perte de crédibilité auprès des clients, investisseurs et autorités ;
  • Des ruptures de contrats commerciaux ou difficultés d’accès au financement ;
  • Des tensions sociales internes, notamment en cas de licenciements ou de restructurations imposées par la crise de confiance ;
  • Une couverture médiatique négative, difficile à maîtriser dans le contexte actuel de transparence exigée.

Dans certains cas, la procédure pénale peut également perturber la gouvernance interne, en entraînant la suspension ou la démission du dirigeant mis en cause.

Un enjeu de conformité durable

Pour éviter ces conséquences, les entreprises doivent intégrer le risque pénal dans leur stratégie globale de compliance.
Cela passe par :

  • une cartographie des risques adaptée à l’activité ;
  • un code de conduite interne ;
  • des procédures d’alerte éthique ;
  • et une formation régulière des dirigeants et collaborateurs aux obligations légales.

La prévention n’est donc pas un simple réflexe de prudence : elle constitue une exigence de gouvernance et un gage de pérennité pour l’entreprise.

Prévenir le risque pénal : une stratégie essentielle pour les dirigeants

La meilleure défense contre le risque pénal reste la prévention. Anticiper les situations à risque, instaurer une culture d’éthique et renforcer les contrôles internes sont devenus indispensables pour toute entreprise soucieuse de sa conformité et de sa réputation.

Mettre en place un programme de conformité efficace

Un programme de conformité, ou compliance program, vise à identifier, évaluer et maîtriser les risques juridiques auxquels l’entreprise est exposée.
Il repose sur plusieurs piliers :

  • La cartographie des risques : recenser les activités sensibles (relations fournisseurs, marchés publics, comptabilité, gestion RH).
  • La mise en place de procédures internes : validation des contrats, contrôle des flux financiers, traçabilité des décisions.
  • Le code de conduite : document de référence définissant les comportements attendus, notamment en matière d’éthique et de transparence.
  • Les formations du personnel : sensibiliser les salariés et managers à la prévention des infractions (corruption, fraude, abus de confiance…).

La conformité ne se limite pas à la signature de chartes : elle suppose une application concrète, suivie et documentée des bonnes pratiques à tous les niveaux de l’entreprise.

Coopération avec les autorités et audits internes

Les autorités encouragent désormais les entreprises à adopter une démarche proactive en matière de transparence.
Une politique de coopération peut, dans certains cas, atténuer la responsabilité pénale ou réduire les sanctions.

Quelques bonnes pratiques :

  • Effectuer des audits réguliers de conformité et d’éthique ;
  • Documenter toutes les décisions importantes, notamment celles ayant un impact financier ou social ;
  • Mettre en place un dispositif d’alerte interne permettant de signaler les irrégularités en toute confidentialité ;
  • Réagir rapidement en cas d’incident ou de soupçon d’infraction.

Cette approche favorise une relation de confiance entre l’entreprise et les autorités de contrôle (AFA, PNF, AMF), tout en renforçant la crédibilité de la gouvernance.

L’accompagnement par un avocat en droit pénal des affaires

Face à la complexité croissante des obligations légales, l’appui d’un avocat en droit pénal des affaires est essentiel.
Son rôle dépasse la simple défense : il intervient en amont, pour prévenir les risques et structurer une politique de conformité sur mesure.

Concrètement, l’avocat peut :

  • auditer les procédures internes et identifier les zones de vulnérabilité ;
  • rédiger ou mettre à jour les codes de conduite et délégations de pouvoir ;
  • accompagner l’entreprise lors d’une perquisition, garde à vue ou enquête pénale ;
  • négocier avec les autorités en cas d’infraction constatée.

Un accompagnement juridique de qualité permet ainsi de transformer la contrainte pénale en levier de confiance et de durabilité.

Gouverner, c’est aussi prévenir le risque pénal

Dans un environnement économique toujours plus encadré, le droit pénal des affaires ne se résume plus à la sanction des comportements frauduleux : il constitue un véritable outil de régulation et de gouvernance.
Les dirigeants sont désormais tenus d’intégrer la dimension pénale dans leur stratégie d’entreprise, au même titre que la performance financière ou la conformité sociale.

Ignorer ces obligations, c’est exposer l’entreprise à des risques majeurs :

  • poursuites judiciaires,
  • pertes économiques,
  • atteinte durable à la réputation.

À l’inverse, une politique de prévention bien menée, fondée sur la transparence, la conformité et la traçabilité, renforce la crédibilité de l’entreprise et protège ses dirigeants.

Le Cabinet Villié & Associés, fort de son expérience en droit pénal des affaires, accompagne les chefs d’entreprise dans la mise en œuvre de ces démarches : analyse des risques, défense en cas de poursuite, et formation à la compliance. Son approche allie expertise juridique, pragmatisme et anticipation, pour permettre à chaque dirigeant d’agir en toute sécurité.

Dans une économie fondée sur la confiance, la responsabilité pénale n’est plus une contrainte, mais une exigence éthique, elle de gouverner avec intégrité.

 

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